Immunité Collective

Montréal, le 26 avril 2020

Après avoir écouté la conférence de presse du gouvernement de M. Legault du jeudi 24 Avril et vendredi 25 Avril la thèse de Yuval Harari expliquée dans son livre Homo Deus m’a sauté aux yeux.

Brièvement, dans cette brillante thèse de la modernité, Harari propose que l’occident puisse se comprendre par un contrat, voire un mariage entre le capitalisme effréné et les principes humanistes. La modernité n’a pas besoin de dieu car notre religion est l’humanisme, et le commandement premier de l’humanisme est la réduction de la souffrance humaine. Le capitalisme est toléré tout autant qu’il contribue au bien collectif, mais pas plus loin. Ce mariage de principes opposés souvent tendu, mais qui a néanmoins généré une richesse et une équité jamais vue dans l’histoire humaine, ce mariage est en crise, causée par le saars-cov2.

Sauf quelques exceptions, tous les gouvernements du monde ont choisi de supporter un coût financier énorme afin de sauver des vies et minimiser la souffrance de leurs citoyens. Pour quatre semaines, le quasi-consensus a régné dans la plupart des pays. Mais dans les derniers jours, depuis que la progression de la contagion semble avoir été stabilisée, on entrevoit des failles dans ce consensus. Au Québec, le premier ministre a changé le ton depuis jeudi 24 Avril. Si depuis la mi-mars il encourageait les gens à rester à la maison, il parle maintenant de réouvrir le pays progressivement. Il est question aussi d’encourager l’immunité collective avec l’ouverture des écoles. Ces propositions semblent se heurter contre une opinion publique hostile, et c’est tant mieux comme ça.

Il faut se méfier des gouvernements qui parlent d’immunité collective. C’est une admission que leur objectif ultime est tout simplement « d’aplatir la courbe » et non de bien gérer l’épidémie. Si, au nom de sauver l’économie et la santé mentale des citoyens, l’objectif du gouvernement est d’atteindre l’immunité collective, le message implicite est qu’ils considèrent acceptable un certain nombre de morts. Et à quelles fins? Pour bâtir des anticorps dans la population qui pourraient bien être inefficaces quand le virus va muter cet automne, l’année prochaine ou celle d’après? Et ensuite, faudra t’il recommencer dans 2-3 ans et accepter d’autres milliers de morts?

Non, il faut se méfier des gouvernements qui parlent d’immunité collective, c’est code pour fainéantise et incompétence. Pourquoi devrai-t-on accepter des milliers de morts québécois quand d’autres gouvernements semblent avoir été bien mieux préparés que le nôtre? Une analyse des réponses gouvernementales de succès a travers le monde montre une solution simple : un « contact tracing » agressif et tamponnage de masse. Le traçage requière une entrevue poussée de toutes les personnes entrées en contact avec un cas positif. Toutes ces personnes doivent être testées le plus rapidement possible et si des cas positifs sont détectés ils sont isolés et le même processus est recommencé. Avec ce système, les pays comme la Corée du Sud, Taiwan, et l’Allemagne ont pu gérer la contagion mieux que les autres et minimiser son impact sur l’économie. Notre gouvernement se doit de mettre en place le même système et nos journalistes se doivent de questionner le gouvernement sur le système de surveillance qu’il compte mettre en place. L’autre planque du système est le tamponnage de masse. A la fin mars, le gouvernement augmenta les tampons de 1,000 à 4,000 par jour et déclara qu’il entendait augmenter la capacité a 12,000 par jour d’ici quelques semaines. Quatre semaines plus tard, la capacité reste à 4,000 tampons par jour, ce qui est insuffisant à un système de surveillance efficace. On ne peut pas accepter que le gouvernement envisage une réouverture des écoles et de l’économie sans avoir un système de surveillance en place pour gérer l’épidémie.

Méfiez-vous des gouvernements qui se cachent derrière la stratégie d’immunité collective. Ils cachent derrière ces propos une profonde incompétence et une dangereuse faillite morale.

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